Sévane Garibian, guidée par le droit et la danse

La culture et l’art occupent une place importante dans la vie de la professeure de droit Sévane Garibian, ici au Grütli.  Image: Olivier Vogelsang

Rencontre La professeure FNS au Département de droit pénal de la Faculté de droit de Genève vient de publier un ouvrage collectif consacré à «La mort du bourreau».

On pensait la rencontrer dans son bureau à l’Université de Genève. Elle nous invite dans un de ses lieux de prédilection: la Maison des arts du Grütli. Sévane Garibian, un esprit scientifique exigeant dans un corps de danseuse, aime brouiller les pistes avec malice. Rencontre avec une femme lumineuse qui consacre sa vie à une thématique sombre.

Professeure boursière du Fonds national suisse au Département de droit pénal de la Faculté de droit de Genève, Sévane Garibian est spécialiste de la justice pénale internationale, de la philosophie du droit et des droits humains, si chers à son premier mentor, le Pr Robert Roth. Elle vient de publier un ouvrage collectif consacré à «La mort du bourreau». Cette réflexion sur le cadavre des criminels de masse, c’est «parler du tabou dans le tabou», relève-t-elle.

«Comment sont-ils morts? Que faire de leur dépouille? Que faire de la mémoire de leurs crimes et de leurs victimes? Des experts apportent dans leur domaine – le droit, l’histoire, l’anthropologie, la sociologie, la littérature et la psychologie – une réponse à ces questions à travers des cas symptomatiques», explique la pédagogue. Tels que ceux d’Oussama ben Laden, du colonel Kadhafi, de Slobodan Milosevic ou encore de Talaat Pacha, principal responsable du génocide des Arméniens, que Sévane Garibian a choisi pour sa part de passer au crible.

Génocide arménien

Ce projet résonnerait-il avec son histoire personnelle? «A votre avis? sourit-elle. Ma famille a directement été touchée par le génocide arménien. En fait, je m’appuie sur mon histoire pour la dépasser et enrichir mon travail de chercheuse et d’enseignante en droit.» Dans sa famille, c’est elle qui récolte les archives, les photos, pour préserver la mémoire. Mais de cet «espace privé», elle préfère ne pas trop parler.

Née à Genève, d’un père industriel et d’une mère pianiste, la binationale suisse et égyptienne grandit au Caire, bénéficiant d’une éducation «fondée sur le travail et la créativité», dans un esprit multiculturel. De sa grand-mère maternelle, elle garde une grande admiration. Rescapée du génocide arménien, elle a étudié la philosophie à la Sorbonne dans les années 20 et a travaillé toute sa vie en élevant seule ses cinq enfants. «On m’a toujours transmis qu’une femme était l’égal de l’homme et pouvait tout faire, exprime Sévane Garibian. On m’a transmis le fait que la vie est un miracle. J’aime profondément la vie! Vous savez, il faut être très équilibrée dans sa tête pour traiter de sujets aussi lourds.»

Danseuse semi-professionnelle

Dans sa tête et dans son corps. Si la quadragénaire – «jeune», rit-elle – aux solides racines enchaîne facilement plus de douze heures de travail par jour, par habitude, pas par servitude, sa vie s’enrichit d’une autre sève. Durant ses études à Paris, où elle a obtenu son doctorat, la sylphide a dansé à un niveau semi-professionnel, notamment à l’Olympia. Voilà qui nous ramène au Grütli, où elle a suivi les cours de la danseuse contemporaine Noemi Lapzeson, de la tanguera Mariela Casabonne, avant de se concentrer sur le flamenco.

Le cinéma est son autre moteur. Tentée par la réalisation, elle intègre pour le moment l’image dans ses cours de droit, comme outil pédagogique, dans un souci de «décloisonner l’université», détaille la volubile, dont on devine qu’elle détonne dans le milieu universitaire. Elle collabore aussi à des festivals de films, notamment celui des droits humains (FIFDH) à Genève, en tant que membre du conseil scientifique.

Faire circuler le savoir, transmettre, construire des ponts, créer, viser l’excellence. Ces mots-clés guident cette passionnée, en couple avec un historien et chercheur, lui aussi. C’est clair, pour Sévane Garibian, «la vie est trop courte»!

(TDG)

(Créé: 02.11.2016, 20h56)

http://www.tdg.ch

 

 

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