LES ARMENIENS A ANVERS, CAPITALE MONDIALE DU DIAMANT

Par Marie-Anne Thil

A la fin du 19ème siècle, des Arméniens se sont établis à Anvers dans les métiers du diamant en tant que tailleurs, négociants, courtiers, grossistes … Trois ans avant les massacres de 1895 en Turquie, les Hampartsoumian s’y installent et se révèlent être d’importants négociants. Après ces massacres, les ancêtres de Philippe Barsamian, les Sirakian et les Barsamian, d’Istanbul pour les premiers et de Sassoun pour les seconds, s’établissent Anvers où la famille Barsamian a déjà une affaire dans le tabac et les cigarettes. Quant à la famille Sirakian, Carlo, passe par la Bulgarie avant de venir à Anvers. Il se lance dans le métier en 1907, pour la taille des diamants. Il est fournisseur pour la bijouterie et l’horlogerie, notamment auprès de Cartier. Ensuite il s’associe à l’un de ses confrères, Mezborian et travaillent pour Ekmayan, fortune colossale à l’époque.

Avant le Génocide des Arméniens par les Turcs Ottomans en 1915, Yervante Mirdikian, originaire de Papert, passe par la Bulgarie et s’installe à Anvers pour y pratiquer le commerce du diamant. Son jeune frère, Partog (Portoghinos) Mirdikian, le rejoint. Celui-ci va faire ses classes dans une taillerie Belge de 50 ouvriers, où il devient artisan-tailleur. A partir de 1940 il exerce la profession de courtier en diamants au Diamantclub van Antwerpen, première Bourse diamantaire fondée le 8 octobre 1893. (1).

Dans les années 1920, plusieurs familles arméniennes s’établissent à Anvers : Varham Gumuchdjian, de Constantinople, dont le fils, André poursuivra la profession qui sera reprise à sa mort par son fils, au même prénom. Il devient grossiste à Anvers tandis que son frère, Haïk, exerce en Italie. Rejoignent également Anvers, les familles Tcherkezian et Hovaghimian d’Egypte, ainsi que les Ipekdjian, une grande famille de Constantinople. L’un des frères Tcherkezian devient diamantaire rue Cadet à Paris et les autres membres de la famille gagnent ultérieurement les Etats-Unis.

C’est à partir des années 1960 que les Arméniens du Liban arrivent à Anvers. Les Abadjian et les Oskanian en sont de grandes figures, comme les Arslanian qui jouent un rôle considérable dans le diamant brut et qui concurrencent même la société de Beers. (2). D’autres familles sont aussi d’importants diamantaires : Artinian, Boghossian, Oghlian, Semerdjian…

C’est au club et à la bourse diamantaire que les Arméniens, principalement négociants et courtiers, se retrouvent pour discuter, faire des affaires et jouer au tavlou. Ce sont des concurrents mais ils entretiennent entre eux de bons rapports liés à leur arménité, grâce aussi à l’Union des Dames Arméniennes d’Anvers, fondée en 1927, qui établit le lien.

Certains de ces diamantaires ont quitté la place d’Anvers. Aujourd’hui, quelques-uns de leurs descendants y poursuivent leurs activités professionnelles mais vivent à Bruxelles à cause des rigueurs linguistiques, soit l’adoption de la langue flamande dans tous les secteurs publics et privés, provoquant ainsi une migration des francophones vers la capitale. Il faut savoir que les Arméniens d’Anvers se parlaient en arménien, sinon en français. D’autres diamantaires ont complètement disparu de l’activité : les Mirdikian, Ipekdjian, Hamandjian, Hovagimyan.

Ceux qui restent à Anvers sont environ une dizaine : Tchekezian, Gumudjian (dont la femme, Anita et ses filles ont installé un atelier de joaillerie à New York), Abadjian, Oskanian, Arslanian, Semerdjian, Artinian, Boghossian. Ce dernier a fondé en 2009 une Fondation à Bruxelles où il a acquis la Villa Empain pour se consacrer désormais à l’art. Quant à Philippe Barsamian, il emploie 15 personnes dans « le négoce des diamants taillés, la taille des diamants bruts et la retaille de pierres (anciennes ou cassées) ». Ses sources d’approvisionnement sont le marché local, la Russie et l’Inde. Le commerce est devenu plus international et il a ses bureaux à Hong-Kong, Paris et Valenza en Italie. Il livre aussi des diamants d’Asie en Europe et aux Etats-Unis. Mais si Anvers continue d’attirer une bonne part de la production mondiale du brut et du taillé, le quartier des diamantaires est en pleine mutation avec de nouveaux acteurs. Installés depuis les années 1980, les firmes indiennes règnent majoritairement aujourd’hui.

Gageons que le nouveau musée du diamant « DIVA » qui a ouvert ses portes à Anvers au printemps 2018, rendra ses lettres de noblesse aux Arméniens dont nombre d’entre eux furent partie prenante de la renommée de la capitale mondiale du diamant.

1. Varham Barsamian (père de Philippe Barsamian) en fut le président de 1968 à 1980 et ce second est vice-président depuis 2002.
2. « de Beers est une société sud-africaine née en 1880. Elle a construit son monopole en maitrisant la production et la vente de diamants dans le monde entier via le contrôle d’un axe Londres-Afrique qui passait par Anvers ». Ce monopole prendra fin en 2000. (Roger Brunet, « Le diamant, un monde en révolution », éd. Belin, 2002)

 

Quelle: Talents Arméniens

 

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